* PHILOSOPHIE, ACTIONS, PROJETS*
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Sujets Corrigés Lycée Bellepierre Clay - Epicure: Corrigé

 

 

 

CORRIGE DU COMMENTAIRE DE TEXTE : Epicure, Lettre à Ménécée.

 

 

    Ce texte est extrait de la Lettre à Ménécée d’Epicure, philosophe grec du IV° siècle avant Jésus-Christ qui fonda vers –306 une école dont l’enseignement est essentiellement tourné vers la vie pratique. Parmi ses écrits, nous ne disposons que de quelques courts textes, sûrement apocryphes. Celui-ci, adressé à un disciple, semble authentique à bien des égards

Malgré les apparences, il y est question du bonheur. Epicure affronte ici un problème classique en philosophie, celui de l’écart entre besoins et désirs, ou plus exactement, entre la frugalité et le luxe.

A ce propos, il défend une thèse qui est à la fois un remède et un idéal : l’ « autosuffisance ».

Dans son raisonnement, il est donc possible de distinguer trois étapes essentielles.

Tout d’abord, et jusqu’à la ligne 5, à « …vain », il s’agit de se détacher des biens matériels.

Ensuite, jusqu’à « bouche », à la ligne 8, l’auteur vante le plaisir paradoxal de la frugalité.

Enfin, il indique clairement la visée de cette vie philosophique : l’ataraxie.

 

 

 

 

                                                                ***

 

 

 

    D’emblée , Epicure s’attache à promouvoir l’ « autosuffisance ». Le concept n’est pas original dans la pensée grecque. En effet, d’un point de vue politique, l’autarcie constitue une des rares visées communes aux Citées, grandes ou petites. Il s’agit de se suffire à soi-même, sans dépendre de quiconque, à l’abri des barbares. Ainsi, dans La République, Platon  met en œuvre une « Cité Idéale ». Il s’agit d’expliquer à Glaucon la tripartition de l’âme en la modélisant à l’échelle de la Cité. De la même manière, dans La Politique, son disciple Aristote associe perfection morale et autosuffisance politique :

« Enfin, la communauté formée de plusieurs villages est la cité, au plein sens du mot ; elle atteint dès lors, pour ainsi parler, la limite de l’indépendance économique : ainsi, formée au début pour satisfaire les seuls besoins vitaux, elle existe pour permettre de bien vivre » (I, 2, 1252b, 29). Le sens que revêt pour Epicure le mot « autosuffisance » apparaît plus clairement. A l’échelle collective, l’ « autarkeïa » n’est autre que l’indépendance économique du groupe qui, par suite de la division du travail, vit sur lui-même et suffit à assurer tous ses besoins. Dans les faits, l’autarcie n’est bien entendu qu’un idéal utopique, puisque les grandes citées comme Athènes ou Spartes dépendent des colonies et des conquêtes sur lesquelles elles exercent une hégémonie sans partage. Quant aux petites citées, elles aspirent à s’émanciper de la mère-patrie, mais elles restent bien souvent à l’état de satellite. A ce titre, il convient de rappeler que le philosophe du Jardin travaillait à une époque où, dans la foulée d’Alexandre le Grand, toutes les certitudes étaient bousculées. Il n’est pas surprenant, quand l’autarcie politique est remise en question, que la philosophie se replie sur l’idéal d’une forme d’autarcie individuelle. Mais cet idéal est tout pratique.

 

  En ce sens, Epicure précise que nous n’avons pas affaire à « une obsession gratuite de frugalité ». La satisfaction ne doit pas procéder de l’obsession du « minimum »,  mais du « minimum » lui-même. Avant de mieux cerner les ressorts de cette satisfaction et de ce minimum, il faut revenir sur l’obsession stigmatisée ci-avant. Soit il s’agit de la mortification stoïcienne, soit de la vanité égocentrique d’un Hippias. Qu’il s’agisse d’une allusion directe au personnage de l’Hippias mineur (368b) est possible, mais tout de même peu probable. En fait, peu importe. Chacun a pu rencontrer ce type d’individu suffisant et fat qui prétend pouvoir se passer des autres. La prétention d’Hippias à tout faire lui-même, de son anneau jusqu’à ses sandales, était ridicule pour Socrate. Elle l’est toujours pour Epicure, lequel ne saurait philosopher sans ses amis, et qui avait fait inscrire comme devise à l’entrée du Jardin : « Hôte, ici tu seras heureux : le souverain bien y est le plaisir ». Mais l’allusion de l’auteur est peut-être destinée à la philosophie stoïcienne. Non pas qu’un texte comme Le Manuel d’Epictète prôna une frugalité « gratuite ». Loin de constituer une fin en soi, elle n’a de sens que dans le cadre d’une visée ataraxique. En durcissant son corps, le sage stoïcien doit apprendre à se contenter de peu. Mais il y a dans l’esprit stoïcien une certaine complaisance pour la douleur et la souffrance qui répugne Epicure.

 

  Or, il est hors de question de se priver du plaisir, moteur de la vie « belle et bonne ». La « frugalité » ne veut supprimer que la vanité. Le plaisir, lui, ne disparaît pas. Ce sont ses causes qui changent. En bref, il faut changer ses habitudes. Les « agréments » de « l’abondance » sont proportionnels à l’attachement qu’on leur porte. La « profusion » n’est pas mauvaise en soi : c’est la dépendance qu’elle entraîne qui pose problème. Prévoyant, Epicure ne part pas de l’illusoire permanence de la profusion du vain, mais de la forte probabilité du manque et de la certitude pérenne que le « naturel » est plus « facile à se procurer ». La sagesse d’Epicure se montre donc ici sous son jour pratique, voire pragmatique.

 

                            

                                                              ***

 

 

      En ce sens, le deuxième moment du texte illustre à merveille la profonde recherche qu’Epicure a livrée quant aux liens qui unissent l’âme et le corps. Ayant stigmatisé le mal, il explique le remède, de la ligne 5 à la ligne 8. Oublié « l’ordinaire fastueux » : il faudra désormais se « régaler » des « nourritures savoureusement simples ». On reconnaît ici la hiérarchie des plaisirs telle que l’expose la Lettre à Ménécée. Les plaisirs « vains » correspondent aux « besoins ni naturels, ni nécessaires ». Il n’est pas fait mention dans cet extrait des plaisirs « naturels, mais non nécessaires », comme la sexualité. A vrai dire, ce ne sont pas des besoins, mais des chimères artificielles qui me plongent dans la dépendance d’un tonneau de Danaïdes et dans l’inquiétude de leur disparition. Les plus inquiets sont toujours ceux qui possèdent plus car ils ont plus à perdre. Sensualiste, Epicure invite Ménécée, et tout lecteur potentiel, à redécouvrir la saveur.

 

  En effet, le goût procure du plaisir. Plutôt que la sophistication des mets, loin du sybaritisme, c’est le goût des aliments qu’il faut retrouver. Bien sûr, les mets raffinés ont très souvent un goût agréable. Mais les mets simples, en amont du goût, répondent avant tout à un besoin. Or le besoin naturel ne relève pas du plaisir psychique, mais essentiellement du besoin physique. Insatisfait, c’est-à-dire en latin si mon corps n’en a pas eu « satis », « assez », il provoque la douleur. Le manque de la ligne 6 répond à la « gratuite frugalité » de la ligne 2. Il n’est pas gratuit car il est vital. La « douleur » qui lui est associée n’est pas liée à la vanité. C’est un symptôme, celui d’une maladie nommée la faim ou la soif. Pour nous prévenir des dangers de cette maladie mortelle, le corps envoie à notre esprit un message : la douleur.

 

  D’où la nécessité de « l’éradiquer » comme on soignerait un virus.  Elle m’empêche de vivre et de bien vivre. Epicure utilise des images évocatrices comme la « galette d’orge », « l’eau », ou encore l’expression « porter à sa bouche ». Cette scène du quotidien oblige le lecteur à admettre cette évidence et la sincérité de sa démarche. Dès lors, si le plaisir est extrême, ce n’est pas uniquement à cause du goût. « Savoureusement simples » : l’expression renvoie à un double plaisir. Le goût agréable de l’aliment est souligné par sa simplicité. Les « nourritures simples » sont rassurantes car elles sont aisées à trouver. Avec le plaisir du goût, elles offrent donc aussi le plaisir de la sérénité. Epicure n’est pas de ces philosophes qui se contentent de théories livresques. Il s’agit de penser sa vie et de vivre sa pensée. Où l’on commence à percevoir la véritable visée du texte.

 

 

 

                                                                    ***

 

 

     En effet, au-delà d’une diététique saine, il s’agit d’effectuer une conversion et d’embrasser un art de vivre. Une fois rompu « l’attachement » de la ligne 4 pour les vaines et fastueuses abondance au profit de « ’accoutumance » à la simplicité, nous voici libérés de la peur du manque. Il s’agissait bien, comme le rappelle l’auteur dans la dernière phrase, d’être « immunisé contre l’inquiétude », laquelle est le vrai mal à combattre. Alors sera atteinte « l’ataraxie », c’est-à-dire l’absence de troubles. Ce résultat, rappelons-le, n’est pas une fin en soi. C’est un renouveau, un stimulus, comme l’indiquent les mots tirés du registre sémantique de l’activité ; « facteur », « pousse », « dynamisme », « vie » et « apte ». Mais quelles sont ces fameuses « activités » ? L’ataraxie n’est pas un état végétatif. C’est la condition pour penser. Penser par soi-même, c’est être bien au milieu de ses amis, c’est-à-dire de partager leurs connaissances et leurs idées. Etre actif, c’est penser et vivre en homme libre. Ce n’est pas se perdre dans la course servile à la gloire et au pouvoir, qui ne sont que des stratagèmes pour se croire immortel quand on est soi-même rongé par la peur de la mort. Or, le sage ne pense à rien moins qu’à la mort, puisqu’une fois décédé, il  ne ressentira plus la douleur du manque. Concentré sur le « nécessaire », c’est-à-dire sur ce qui ne peut pas ne pas être, Epicure et ses amis échappent à la contingence, dans la plus grande mesure possible. Vivre comme un dieu devient alors possible. En phase avec la vie et les autre vivants, il est la vie, encore et encore.

 

 

Bien sûr, il s’agit de faire de son mieux, et non de prétendre à la perfection. La philosophie du Jardin est une philosophie humaine. Or, pour reprendre l’expression d’Aristote dans La Politique, l’homme n’est ni un dieu, ni une brute. Placide, Epicure n’exclut pas, « à l’occasion », le plaisir naturel mais non nécessaire des « repas luxueux ». L’adepte du Jardin n’est pas un triste sire ou un moralisateur. Conscient de la faiblesse des autres, il est assez lucide et serein pour supporter la sienne propre. C’est ce qui rend cette philosophie toujours vivante. Lire un texte de philosophie, c’est l’actualiser, c’est-à-dire, non point le mettre au goût du jour, mais changer la pensée en acte en lui donnant du sens pour soi. Epicure peut encore nous aider à vivre. Certes, les conditions de vie de l’homme dans les sociétés post-modernes de ce début du XXI° siècle ne sont pas les mêmes qu’au IV° siècle avant Jésus-Christ.

 

Ainsi, nous n’habitons plus de petites cité. A vrai dire, nous « n’habitons » plus au sens strict. Notre existence dérive au milieu d’une planète livrée à la démesure. La consommation de masse et les technologies de communication nous sollicitent en permanence de manière à la fois séduisante et agressive pour nous inciter à poursuivre des chimères. Le sens de l’existence pose problème car l’avoir s’est substitué à l’être. Les humains deviennent de plus en plus froids et individualistes. Comme l’a montré Alexis de Tocqueville dès le XIX° siècle, dans De la Démocratie en Amérique, chacun ne pense qu’à soi et tous se croisent sans se toucher. Mais pour ceux qui prennent le temps de lire le texte d’Epicure et d’écouter les conseils qu’il prodigue avec bienveillance à son disciple, la voie de la sagesse reste ouverte. En effet, le péril est plus grand aujourd’hui à passer à côté de sa propre vie. Mais une fois redécouvert le plaisir des activités simples et essentielles, alors la joie retirée n’en sera que plus « extrême ».

 

 

 

                                                               ***

 

 

 

En conclusion, cet extrait de la Lettre à Ménécée nous donne un meilleur aperçu  de la pensée d’Epicure. Nous sommes bien loin des stéréotypes et des légendes de « bon vivant » qui se sont multipliés à son propos et qui  se perpétuent toujours depuis les débuts mêmes de la philosophie de Jardin. Seule la lecture directe d’un auteur permet d’en appréhender la sincérité et l’originalité, loin des rumeurs et des interprétations abusives. Epicure n’est ni un débauché, ni un fanatique de la mortification. La diététique n’est pas une fin en soi mais la voie souveraine vers la liberté d’un homme qui se possède lui-même parce qu’il n’est pas inquiet. L’auteur permet donc à des lecteurs contemporains de donner un sens à leur existence. L’accumulation des « biens » matériels peut-elle vraiment nous rendre heureux ? A une époque où règne l’économie de marché, il s’agit de mettre de vivre pleinement tout en partageant mon bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Date de création : 05/12/2009 @ 06:39
Dernière modification : 05/12/2009 @ 06:39
Catégorie : Sujets Corrigés Lycée Bellepierre Clay
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